Sintonia - Audrey Pleynet
«-
[...] les contrats ont été créés parce qu'on ne pouvait plus avoir
confiance les uns envers les autres, et que ce manque de confiance était
angoissant. Croire quelqu'un sur parole, faire appel à notre bon sens, à
la gratuité, nous rendrait pourtant un peu plus humains, non ? Quoi
qu'il en soit, passer un contrat nous engage, seul, et nous angoisse,
seul.»
Le résumé :
Terre, année 2354. Deux cents ans après la guerre des Ires, un conflit qui a lui-même couru sur près d’un siècle, le monde a changé de visage. Ayant brisé le cycle infernal des luttes armées et des catastrophes écologiques par la grâce de la nanotechnologie, l’humanité se protège d’une nature résolument hostile au cœur de cités-États. Les plus avancées ont connu l’Élévation, un procédé nanotech qui leur a permis de gagner les nuages, loin du Sol et de ses pollutions délétères. Dont la puissante Venise, pionnière des villes-tiges, qui étend son emprise par l’entremise de ses guildes ancestrales riches d’une maîtrise technologique bien gardée. Mais dans la Sérénissime, les haines sont tenaces et les jeux de pouvoir incessants. La séculaire, lignée de redoutables femmes assassins usant du Diapason, un contrôle mental issu d’une nantie dont elles seules détiennent l’apanage, s’apprête à en faire les frais — jusqu’aux dernières de ses membres. À moins que… Dans ses sombres ruelles chargées d’histoire, au cœur de ses palais vertigineux, par-delà ses ponts suspendus et ses gondoles volantes, la Cité des Doges protège ses secrets derrière de nombreux masques…
«Aujourd'hui, Reyna approchait l'âge où elle aurait dû se rendre dans les salles médicales du palazzo pour y être examinée - puis inséminée. Ce n'était pas tant d'avoir été le témoin du sort de ses sœurs qui lui avait fait redouter ce moment. Mais sa signification. L'effacement face au devoir, à la tradition. L'obligation de s'engager dans une voie unique. De se laisser contrôler. De taire en elle ses instincts et sa spontanéité.»
Ma chronique :
Sintonia est un roman de SF à tendance post-apo où la technologie a permis de sauver certaines villes et une partie de la population de la pollution, des catastrophes naturelles et des guerres. Pour cela, l’humanité voit émerger des villes-tiges et villes-bulbes. Dans une Venise futuriste de 2354, l’intrigue commence sur les chapeaux de roue et nous plonge en pleine action, alors que la famille Sintonia, guilde de femmes mercenaires, est violemment décimée.
Dans ce récit choral, on est témoin de la fuite de quatre sœurs Sintonia : Azzura, Talia, Reyna et Agnese. Suite à cette entrée en matière très dynamique, l’intrigue ralentit pour laisser le temps aux sœurs (et aux lecteurices) de reprendre leurs esprits et de prendre leurs marques dans cet après qui rime avec nouvelle vie et survie. Au fur et à mesure se tissent des parcours et destins bien différents, parfois un peu confus dans le cas d’Agnese, marqués par la résilience, la vengeance ou encore l’affliction.
On apprend à connaître les sœurs et ce qui en ressort c’est que ce sont des personnages féminins forts aux personnalités bien distinctes. Elles font preuve d’intelligence et de force de caractère chacune à leur manière face aux obstacles et menaces qui se dressent sur leur chemin. J’ai eu tout de suite mes préférences pour Azzura et Talia et j’ai également beaucoup aimé Agnese après un temps d’adaptation. Reyna m’a plus laissé de marbre mais j’ai tout de même ressenti beaucoup d’empathie pour elle et sa situation.
J’ai grandement apprécié cet univers dense à l’esthétique travaillée qui mélange modernité et tradition, avec notamment des références historiques, mythologiques et géopolitiques connues qui nous ancrent dans une certaine réalité. La technologie y a une place primordiale avec les nanites et nanotechnologies qui influent et rythment le quotidien de chacun. J’ai parfois du mal avec le trop-plein de technologie mais ici j’étais captivée, malgré quelques passages explicatifs parfois un peu complexes qui me demandait plus de concentration.
J’ai été séduite par les diverses thématiques qui abordent la filiation et la sororité. Chaque sœur a sa propre vision et sa propre réflexion vis-à-vis des notions de déterminisme, de consentement et de libre-arbitre imposées par le Sang des Sintonia et par la technologie du Diapason (manipulation des mères sur leur descendance). Aux côtés de chaque sœur on va également explorer des questionnements à propos du transhumanisme, des modifications corporelles et manipulations génétiques qui m’ont beaucoup intéressée.
J’ai trouvé la fin un peu expéditive et quelques éléments de
lore auraient pu être approfondis mais dans l’ensemble, Sintonia fut une
superbe lecture que je ne m’attendais pas à aimer autant ! C’est un roman
inventif qui invite le lecteur à la réflexion sur des thématiques multiples et
variées. J’ai aimé suivre les trajectoires de ses sœurs éloignées mais
complémentaires qui choisissent finalement leur propre voie pour se
reconstruire après un drame.
Ma note :
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